Antécédents architecturaux

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Bulletin de l'ICC, nº 25, Mai 2000

Antécédents architecturaux

par Robert L. Barclay, restaurateur principal, Traitement et développement (Objets)

La pensée qui sous-tend nos convictions en tant que restaurateurs n’est pas aussi récente que nous pourrions le penser. L’opposition entre restauration et conservation s’est d’abord manifestée clairement au début du XIXe siècle. La destruction d’éléments architecturaux entreprise au nom de la restauration a ouvert une arène pour des points de vue diamétralement opposés. Vers le milieu de ce siècle, le critique d’art et réformateur social John Ruskin définit la restauration comme suit :

La signification réelle du mot restauration n’est comprise ni par le public ni par ceux qui ont le soin des monuments publics. Ce mot signifie la destruction la plus totale qu’un édifice puisse subir : une destruction ne permettant de recueillir aucun vestige; une destruction accompagnée d’une fausse description de la chose détruite1.[Trad]

Le ton polémique de ce point de vue traduit l’antagonisme virulent opposant le mouvement Anti-Restauration, dont Ruskin et William Morris étaient des membres importants, et les restaurateurs de l’école d’Eugène-Emmanuel Viollet-le-Duc. Dans l’introduction à un article du Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, Viollet-le-Duc écrivit au sujet de la restauration que :

Le mot et la chose sont modernes. Restaurer un édifice, ce n’est pas l’entretenir, le réparer, ou le refaire, c’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné.2

Cette opposition de points de vue montre un développement de la conscientisation, et annonce le début du fossé entre la restauration en tant qu’action de création et d’interprétation, et la conservation en tant qu’activité aidant le criticisme historique. Cet exemple du traitement des édifices historiques montre que les restaurateurs modernes de toutes les disciplines vivent et travaillent dans un cadre aux antécédents lointains et divers.

Notes

  1. Ruskin, John. The Seven Lamps of Architecture, New York, Wiley and Halstead, 1857, p. 161.
  2. Viollet-le-Duc, Eugène-Emmanuel. Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIeau XVIe siècle , vol. 8, Paris, B. Bance, 1854, p. 14-34