Traitement d'un portait du Ellen A. Read

Information archivée dans le Web

Information identifiée comme étant archivée dans le Web à des fins de consultation, de recherche ou de tenue de documents. Elle n’a pas été modifiée ni mise à jour depuis la date de son archivage. Les pages Web qui sont archivées dans le Web ne sont pas assujetties aux normes applicables au Web du gouvernement du Canada. Conformément à la Politique de communication du gouvernement du Canada, vous pouvez la demander sous d’autres formes. Ses coordonnées figurent à la page « Contactez-nous »

Bulletin de l'ICC, nº 29, juin 2002

Traitement d'un portait du Ellen A. Read

par Peter Vogel, restaurateur principal, Division du traitement et du développement - Beaux-arts, et Carol MacIvor, conseillère principale en communications, Services d'information et marketing

Le tableau avant et après traitement.

Le tableau avant et après traitement.

Le tableau avant et après traitement.

Le tableau avant et après traitement.

Détail durant le traitement.

Le Ellen A. Read a été le plus large navire jamais construit à Yarmouth, en Nouvelle-Écosse. Lancé à la mer en 1884, il a été le premier navire comportant un beaupré en pointe d'une longueur de 23 mètres (75 pieds), à partir de la proue. Il a connu une carrière glorieuse dans les sept mers, surmontant de nombreuses tempêtes avant d'être mis hors service en 1903. Malheureusement, une fois à la retraite, il a été incapable de résister aux éléments et, en l'espace de quelques années, il n'était plus bon qu'à mettre au rebut. Le navire a été commémoré par un artiste inconnu, spécialiste de la mer, de la fin du XIXe siècle qui l'a peint en pleine mer, toutes voiles dehors. Ce tableau, intitulé Portrait of a Ship « Ellen A. Read » est la propriété du Yarmouth County Museum and Archives.

Le tableau était fortement endommagé lorsqu'il est arrivé à l'ICC pour y être restauré. Les grandes déchirures et les plissements qu'il comportait, ainsi qu'une exposition antérieure à l'eau, avaient entraîné un important rétrécissement de la toile. Des fragments de peinture s'étaient détachés le long des déchirures et une importante quantité de saleté s'était accumulée sur la surface. Des mouchetures avaient pénétré la peinture non protégée, accélérant du même coup le processus de vieillissement et masquant le savoir-faire de l'artiste et de nombreux détails du gréement du navire.

Le restaurateur de peintures Peter Vogel a été chargé du traitement. En plus des problèmes précédemment cités, il a également noté des dommages subis lors de restaurations antérieures ' des morceaux de lin et divers rubans collés à l'arrière de la toile dans le but de prévenir d'autres déchirures.

La première étape du traitement consistait à fixer solidement les fragments de peinture détachés le long des déchirures à l'aide d'une résine acrylique. Puis, l'arrière de la toile a été nettoyé et tout le ruban enlevé. Une fois ce travail terminé, il fallait aplanir la toile. Comme celle-ci était humide, il fallait la traiter dans cette condition. La première tentative a été faite selon la méthode d'humidification et de mise de poids sur les parties endommagées, mais sans grand succès. D'autres méthodes conventionnelles (p. ex., la technique d'étirage hollandaise normalement utilisée durant l'application d'humidité dans le but de faciliter le traitement et le contrôle de la toile) ont été jugées inutiles parce que les dommages de la toile étaient trop importants et que les déchirures allaient dans toutes les directions. De même, la « table Willard » ' conçue pour les processus de déshumidification et de séchage ' ne convenait pas à cette toile étant donné que la peinture sans châssis devait être surveillée des deux côtés durant le processus d'aplanissement et de rajustement. Il est devenu évident que les méthodes de traitement traditionnelles ne convenaient pas à cette restauration. Peter a indiqué que chaque étape du traitement de cette peinture représenterait donc un défi.

Il a finalement été décidé que la meilleure méthode serait de déposer la peinture, face vers le bas, sur un carreau de vitre et de la vaporiser, jusqu'elle atteigne le niveau de saturation requis, d'une petite quantité d'éthylène glycol. Ce procédé a permis de redonner à la toile sa grandeur originale. Il a alors été possible de réaligner les déchirures tout en surveillant le devant de la peinture. La toile a par la suite été recouverte de PeCap (monofilament de polyester) et de couches de buvard et aplanie avec des poids.

En raison du grand nombre et de l'importance des déchirures, il a été jugé nécessaire de fixer la peinture sur un support rigide. Un panneau à âme de mousse fait de carton non acide a été choisi comme support parce qu'il a été jugé qu'il ne pouvait endommager l'armure de la toile. Plusieurs couches de gesso acrylique Liquitex ont été appliquées sur toutes les surfaces de ce support et un châssis simple de bois a été collé à l'arrière pour veiller à ce que le panneau reste plat.

La quête d'un adhésif adéquat à l'entoilage a également été un défi. L'adhésif devait être facile à manipuler, avoir un taux de viscosité et de thermoplasticité bas, et être facile à enlever. Des essais ont été effectués sur des panneaux didactiques jusqu'à ce qu'un mélange approprié soit obtenu. Ce mélange (fait de pâte d'amidon, de colle au baquet et d'une petite quantité de Jade 403) a été étendu uniformément sur le panneau à âme de mousse. Pendant la période de séchage, la peinture a été retirée du carreau de verre et transférée sur son nouveau support. Les derniers ajustements et alignements des fils ont été effectués avant que l'adhésif ne sèche complètement. Puis, la chaleur et la pression modérées d'un fer à coller électrique ont permis d'aplatir la peinture.

Pour retirer les saletés incrustées dans la peinture et les dépôts huileux, un mélange de différents solvants et de différentes émulsions, en diverses concentrations, a été utilisé. Les mouchetures et les éclaboussures de peinture ont été retirées à l'aide d'un scalpel et d'un verre grossissant. Une attention toute particulière a été portée aux parties entourant les voiles et le gréement du navire. Les lacunes le long des déchirures ont été comblées avec du gesso acrylique, puis retouchées avec de la peinture à l'aquarelle et de minces couches de glacis fait de résine de dammar et de pigments en poudre. Finalement, une couche protectrice de résine de dammar dans du toluène a été vaporisée sur la surface de la peinture.

La peinture de ce navire a maintenant rejoint son compagnon, le tableau Charles Baker, qui avait déjà été restauré à l'ICC. Le travail qu'il a effectué sur le tableau Ellen A. Read a permis à Peter d'acquérir de nouveaux renseignements et d'en apprendre davantage sur le comportement erratique des toiles déchirées. Il déclare aussi que ce fut pour lui un privilège de travailler sur une aussi belle marine, car ces œuvres permettent de mieux comprendre et d'apprécier l'histoire maritime de la Nouvelle-Écosse.