La collaboration, rien de mieux pour éliminer une tache!
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Bulletin de l'ICC, nº 29, juin 2002
La collaboration, rien de mieux pour éliminer une tache!
par Debra Daly Hartin, restauratrice principale, Division du traitement et développement - Beaux-arts

Détail de la partie tachée avant le traitement.

Détail de la partie tachée après le traitement.

Application du produit de rinçage à l'aide d'un aérographe.

Retissage de la déchirure, le côté droit étant terminé.
Lorsque l'ICC a été pressenti pour restaurer une sérigraphie sur toile de lin comportant une grande tache d'eau, l'Institut y a vu une chance d'utiliser des techniques servant à éliminer les taches sur des peintures sur supports de tissu sans apprêt. Les techniques de restauration dans ce domaine n'étaient pas bien établies et n'avaient pas d'ailleurs obtenu beaucoup de succès. De meilleures options de traitement étaient donc grandement nécessaires. Le projet a réellement demandé un grand effort de collaboration, nécessitant l'expertise et les habiletés de restaurateurs, de scientifiques en conservation et de stagiaires en conservation spécialisés dans la recherche sur les peintures, les textiles et le papier et dans leur traitement.
La Legend of Red Lake Ontario (8/50), par Josh Kakegamic, est une grande sérigraphie (2,63 sur 1,155 m) en sept couleurs produite sur un tissu de lin peu serré. L'estampe était relativement en bon état, à l'exception d'auréoles peu esthétiques, résultat d'une fuite au plafond. Les éléments hydrosolubles du tissu ont coulé du centre de la partie touchée (devenue plus pâle) pour se retrouver en auréole foncée à la jonction de la partie sèche et de la partie mouillée.
La première étape du traitement consistait à définir une procédure pour réduire l'auréole foncée et permettre l'exposition de la sérigraphie. Le traitement comportait l'utilisation d'un disque de succion local. Les essais préliminaires ont été faits au moyen d'un disque de succion créé par Stefan Michalski (scientifique en conservation et gestionnaire de la Division des services de conservation préventive à l'ICC). Ce disque a permis d'exercer une pression assez forte pour aspirer les liquides à travers le matériau sans former de nouvelles auréoles. Il était de plus muni d'une lumière à fibres optiques pour faciliter l'alignement de la tache sur le petit espace de travail. Malgré le succès du premier essai, la petite surface du disque ne permettait pas de traiter une aussi grande tache.
Une table d'aspiration produite par MuseuM Services Corporation (souvent utilisée par les restaurateurs de textiles) était plus appropriée au traitement de larges surfaces, mais elle produit une pression d'aspiration plus faible que le disque. Toutefois, en raison des caractéristiques du support de lin (tissu lâche et encollé), la pression plus faible a été jugée suffisante pour minimiser la tache sans créer de nouvelles auréoles. Le traitement a par conséquent été effectué à l'aide de la table d'aspiration.
Des solvants conventionnels ont été mis à l'essai sur la tache, mais sans résultat. En se basant sur les résultats de sa recherche sur le blanchiment du papier, la scientifique en conservation Season Tse a suggéré d'essayer le borohydrure de sodium — un agent de blanchiment réducteur plus ou moins fort qui ne détruit pas la cellulose. Cela a permis de décolorer la partie la plus foncée de l'auréole. L'agent de blanchiment a été appliqué à l'aide d'une brosse et, pendant l'aspiration, un aérographe rempli d'eau désionisée a été utilisé pour enlever le résidu d'agent de blanchiment, les produits décolorés et une certaine partie du maculage du tissu. Dans les endroits où il était nécessaire de répéter l'opération, une bonne régulation a été atteinte en appliquant l'agent de blanchiment à l'aide d'un vaporisateur à ultrasons, une technique qui a été perfectionnée par la restauratrice de textiles Jan Vuori durant un projet se réroulant en même temps et ayant pour objectif d'enlever des taches sur Océanie, la mer, une sérigraphie d'Henri Matisse.
Le traitement a été effectué avec l'aide de deux stagiaires en restauration, Geneviève Saulnier et Agata Sochon. Geneviève a soigneusement utilisé l'action capillaire de petits buvards humides, combinée à l'aspiration et à un produit de rinçage à l'aérographe, pour réduire davantage les petites parties des auréoles qui présentaient toujours des problèmes visuels. Elle a également réparé plusieurs petites déchirures le long du bord de la toile en utilisant une technique de tissage pratiquement impossible à détecter du devant.
Même en éliminant les auréoles, les parties de la toile où les couleurs avaient pâli à la suite des dégâts causés par l'eau n'avaient pas changé. Pour régler ce problème, les parties plus pâles ont été retouchées. Il s'agit d'une technique d'application de couleurs aux endroits où il y a des lacunes afin de remettre en état l'image; elle est courante dans le traitement des peintures, mais rarement utilisée dans le traitement des tissus. Avant d'entreprendre la procédure, Agata a effectué des essais afin de déterminer s'il était possible d'enlever, en se servant des techniques d'aspiration, un pigment appliqué sur la toile à nu, si le besoin s'en faisait sentir. Les essais ont permis de constater que ce traitement était réversible. Geneviève a alors préparé des couleurs diluées à l'aide de peintures à aquarelle en tube et les a appliquées sur la surface des fils de chaîne en petits points ou fines lignes. La diffusion capillaire le long des fils a permis d'étendre et d'unifier la couleur. Seule la quantité nécessaire de couleur a été appliquée afin d'intégrer le ton général du support de tissu.
Une fois les retouches terminées, un nouveau châssis a été construit afin de remplacer le support auxiliaire manquant. Ce nouveau châssis a été scellé avec du Marvelseal (un stratifié fait de polyéthylène, d'aluminium et de nylon) afin d'empêcher les acides du bois de pénétrer l'œuvre d'art. Puis, de la toile de voile non impré-gnée et thermiquement stabilisée a été tendue sur tout le châssis pour soutenir l'œuvre. La sérigraphie a été étirée à la main sur la toile de voile et attachée avec des agrafes à l'épreuve de la rouille sur son revers. Finalement, un dos protecteur a été apposé sur le revers du châssis, et un cadre de transport permettant de protéger l'œuvre pendant les déplacements, la manipulation et l'entreposage a été construit.
Le traitement de cette œuvre dépassait les limites de diverses disciplines de restauration traditionnelles, et c'est pourquoi il était important de compter sur la collaboration et l'innovation de tous. À l'ICC, où des restau-rateurs de différents domaines de spécialisation et des scientifiques en conservation travaillent côte à côte, ce mélange d'idées créatives, de connaissances diversifiées et d'expérience permet de développer des techniques de traitement nouvelles et plus efficaces.
Il est possible d'obtenir des renseignements
supplémentaires sur ce traitement et d'autres
du même genre dans les articles suivants :
Daly Hartin, D., S. Tse et J. Vuori. « A Collaborative Treatment: Reducing Water Stains on a Silkscreen on Linen », ICOM Committee for Conservation 12th Triennial Meeting Lyon 29 August — 3 September 1999: Preprints Volume 1, Londres, Royaume-Uni, James & James (Science Publishers) Ltd., 1999, p. 293–298.
Vuori, J., D. Daly Hartin, S. Tse, A. Maheux et A. Ruggles. « Local Stain Removal from "Océanie, la mer" by Henri Matisse: The Development of a Reducing Bleach Technique using a Suction Disk, Ultrasonic Mister, and Airbrush », Conservation Combinations: Preprints of a Conference (North American Textile Conservation Conference 2000), Asheville, Caroline du Nord, Biltmore Company, 2000, p. 164–175.