Les adhésifs d'aujourd'hui : Exploration des options et des techniques d'application actuelles
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Bulletin de l'ICC, no 31, juin 2003
Les adhésifs d'aujourd'hui : Exploration des options et des techniques d'application actuelles

Les participants et animateurs de l'atelier au Victoria and Albert Museum


Les participants examinent des textiles traités aux adhésifs à l'Organic Conservation Section du British Museum.
En un mot : fantastique! C'est ainsi que Jane Down, Season Tse et Jan Vuori de l'ICC décrivaient leur expérience en tant que co-animatrices de l'atelier de perfectionnement professionnel : Les adhésifs d'aujourd'hui : Exploration des options et des techniques d'application actuelles. L'atelier a été donné au Victoria and Albert Museum (V&A) et au British Museum, du 22 au 26 avril 2002, à Londres, en Angleterre. La collaboration entre le V&A et l'ICC remonte à mai 1999, date à laquelle Zenzie Tinker, alors restauratrice principale de textiles du V&A, participait au premier atelier de perfectionnement de l'ICC : Adhésifs pour la conservation des textiles et des cuirs : recherche et applications. Deux ans plus tard, grâce à l'initiative de Zenzie, le V&A invitait l'ICC à présenter conjointement un atelier de perfectionnement professionnel d'une semaine axé uniquement sur les adhésifs pour les textiles. Le British Museum fut invité à se joindre à titre de troisième partenaire, permettant ainsi l'exploration d'un plus grand nombre d'adhésifs et de techniques.
Quatre des cinq jours de l'atelier ont été animés par le Textile Conservation Studio du V&A et le cinquième, par l'Organic Conservation Section du British Museum. C'est en collaboration avec Tina Cogram, Frances Hartog, Lynda Hillyer, Marion Kite, Boris Pretzel et Zenzie Tinker du V&A ainsi que Pippa Cruickshank, Vincent Daniels, Anna Harrison, Nicola Newman, Monique Pullan, Allyson Rae, Sophie Rowe, Helen Morgan Taylor et Barbara Wills du British Museum, que l'équipe de l'ICC a présenté des exposés, animé des séances pratiques, participé à l'élaboration du programme et aidé à la préparation des trousses destinées aux participants et contenant des informations pertinentes et des échantillons de référence. Des 18 participants qui ont pris part à l'atelier, dix venaient du Royaume-Uni, quatre des États-Unis et un des Pays-Bas, de la Suisse, du Brésil et d'Italie, respectivement.
Les exposés étaient généralement présentés en matinée, alors que les séances pratiques se déroulaient l'après-midi, dans les laboratoires. Les exposés ont notamment porté sur l'introduction aux adhésifs et à l'adhérence, l'historique des traitements aux adhésifs pour les textiles au V&A, à l'ICC et au British Museum, la recherche effectuée à l'ICC sur les adhésifs à base de poly(acétate de vinyle), d'acrylique et d'acétate de vinyle-éthylène, le programme de recherche du V&A, une introduction aux adhésifs à base d'amidon et d'hydrates de carbone, la recherche de doctorat d'Irene Karsten sur certains traitements aux adhésifs, et les catégories de conditions (p. ex. quels objets peut-on traiter avec un adhésif et quand faudrait-il inverser ou laisser tel d'anciens traitements aux adhésifs). De plus, divers restaurateurs du V&A, du British Museum, du National Maritime Museum de Greenwich, du Textile Conservation Centre de Winchester, et du secteur privé ont présenté bon nombre de cas concrets. Les cas en question illustraient non seulement plusieurs des concepts décrits pendant les exposés mais présentaient également une variété de solutions novatrices aux problèmes réels auxquels sont confrontés de nombreux restaurateurs qui traitent des objets en composant avec les limites de ces derniers.
Les séances pratiques ont permis d'examiner différents types de tissus de renfort, de surfaces de travail, de matériaux anti-adhésifs; d'étudier le rôle du microscope dans l'observation des dépôts d'adhésifs et de l'adhérence; de procéder à l'application par vaporisation de Beva 371; d'étudier des techniques d'application (au rouleau ou au pinceau) d'adhésifs à base d'eau ou de solvant; de coller un support enduit d'adhésif à un objet au moyen d'un fer à repasser, d'une table chauffante à aspiration et de techniques de réactivation aux solvants, ainsi que d'examiner des méthodes pour décoller un adhésif.
Ce qui a l'origine devait être un atelier de formation professionnelle s'est avéré être beaucoup plus que cela : un mini-symposium sur les adhésifs dans la conservation de textiles. Le niveau d'expertise regroupé pour cette occasion était remarquable. Le V&A a partagé 40 ans d'expérience en traitement et en recherche sur les adhésifs pour les textiles, notamment sur les adhésifs à base de poly(acétate de vinyle). Le British Museum nous a fait part de son expérience avec les pâtes d'amidon, les adhésifs à base d'hydrates de carbone et nous a fait connaître des techniques novatrices de doublage à froid. Quant à l'ICC, son apport a consisté au partage de ses expériences dans la recherche sur les adhésifs et les applications de traitement, en plus d'animer des ateliers sur les adhésifs. Ajoutons à cela la vaste expérience avec les adhésifs de nombreux participants dont huit ont présenté leur travaux sur le sujet. L'ambiance amicale, pendant toute la semaine, a grandement favorisé un partage ouvert et honnête d'informations d'un grand intérêt autant pour les participants que pour les animateurs.
Un autre aspect particulièrement intéressant de l'atelier a été la possibilité d'examiner de près bon nombre de textiles qui avaient fait l'objet de traitements aux adhésifs. Au V&A, certains de ces textiles ont été traités il y plus de quarante ans par des méthodes de traitement qui a l'époque étaient tout a fait novatrices. Ces textiles en question peuvent être considérés comme des documents d'archives, symboles du développement d'un secteur important de la conservation des textiles. De plus, des visites guidées des galeries du V&A ont permis aux participants de voir un grand nombre de textiles qui au cours des années ont été traités aux adhésifs. L'observation de ces textiles dans le contexte d'une galerie d'exposition a permis d'apprécier une autre dimension de la pertinence et du succès des traitements aux adhésifs. Dans une même foulée, une partie de la journée passée au British Museum a été consacrée à l'examen de divers textiles ayant fait l'objet de traitements aux adhésifs à base d'amidon et d'hydrates de carbone. Une fois de plus, l'occasion exceptionnelle d'examiner autant de textiles traités aux adhésifs a été extrêmement précieuse. Même si certains traitements ont été décrits dans des publications, il est vrai que la lecture sur le sujet est une chose, voir l'objet en est une autre. Pour un restaurateur, rien ne vaut l'objet concret.
Le succès de l'atelier est également attribuable à l'organisation menée de main de maître par le personnel du V&A et du British Museum. On pourrait penser que la fermeture de laboratoires de traitement très occupés et la coordination de la participation de trois institutions et de nombreuses personnes seraient une aventure extrêmement complexe, mais tout s'est déroulé à la perfection, sans accroc.
Bien que les traitements aux adhésifs ne constituent qu'un petit pourcentage des traitements effectués sur des textiles, il reste beaucoup à apprendre sur cette démarche très spécialisée. Jane, Season et Jan sont revenues à l'ICC pleines d'enthousiasme, d'idées de recherche et de possibilités de développement de traitement. Leurs collègues de l'ICC ont eu l'occasion de faire l'essai de nouveaux matériaux et de nouvelles techniques, au cours de plusieurs « Journées des adhésifs », organisées spécialement dans le but de partager ce qui a été appris pendant l'atelier. Il reste à espérer que les liens tissés pendant l'atelier conduiront à de futures collaborations.