Les archives de la restauration : Livres non comestibles

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Bulletin de l'ICC, no 31, juin 2003

Les archives de la restauration : Livres non comestibles

par Robert L. Barclay, restaurateur principal, Division du traitement et du développement - Objets

Dans l'ouvrage The Enemies of Books paru à la fin du XIXe siècle— l'un des ouvrages les plus divertissants sur la préservation — William Blades décrit la comestibilité relative des livres par les « vers bibliophages » :

« Le fait que les vers n'attaquent plus les papiers modernes est l'une des conséquences de l'adultération considérable de ces papiers. Par instinct, les vers refusent d'ingérer le kaolin, les agents de blanchiment, le plâtre de Paris, la barytine et les très nombreux adultérants qu'on mélange maintenant à la fibre. C'est pourquoi les pages érudites de la littérature anciennes sont beaucoup plus difficiles à préserver que les papiers d'aujourd'hui de piètre qualité. Grâce à l'intérêt général que l'on manifeste maintenant pour les livres anciens, les vers ont la vie dure; toutefois, toute négligence silencieuse constitue pour eux une mince chance nécessaire à leur existence.1 » [traduction]

En appliquant des techniques industrielles de production en série pour fabriquer le plus économiquement possible du papier, les papetiers ont, par inadvertance, fait quelque chose de fort utile. Une part considérable du papier fabriqué au XIXe siècle est de qualité déplorable, mais il ne constitue pas, au moins, un repas pour les insectes. Cependant, le temps aura tôt fait de détériorer ce que les vers ont refusé de manger. Les exemplaires du petit bijou de Blades que j'ai examinés sont généralement en très bon état. Quelle ironie si les imprimeurs avaient utilisé ces papiers modernes; son livre, bien que sauvé des vers, aurait été voué à la rapide dégradation qu'entraîne leur instabilité!

  1. Blades, W. The Enemies of Books, 3e édition, Londres, Trübner, 1881, p. 75.