Ursus Dix

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Bulletin de l'ICC, n0 31, juin 2003

Ursus Dix

par Ian N.M. Wainwright, gestionnaire, Laboratoire de recherche analytique

Le milieu de la conservation vient de perdre un éminent collègue et un ami fort respecté. Le 20 décembre 2002, Ursus Dix est décédé au moment où une voiture a percuté sa bicyclette à quelques pas de sa maison à Jonquières, près d'Avignon, en France. Il était âgé de 75 ans. De 1948 à 1951, Ursus a étudié les techniques de peinture à l'Institut Doerner puis a travaillé comme restaurateur pour le compte de Hammer à Ulm (Allemagne) de 1951 à 1953, pour Frost & Reed Ltd de 1953 à 1960 et enfin à la Bristol City Art Gallery, à Bristol (Angleterre), de 1960 à 1965. Il s'est joint au personnel du Musée des beaux-arts du Canada en 1965 où il a travaillé comme restaurateur des projets spéciaux au Laboratoire national de restauration et de recherche jusqu'en 1973. Ursus a joué un rôle-clé dans le développement de la profession de restaurateur, alors en pleine croissance au Canada. Il en avait d'ailleurs une compréhension technique exceptionnelle et possédait une grande connaissance des œuvres.

Il a restauré un grand nombre de chefs-d'œuvre de la collection du Musée des beaux-arts : Job (Jan Lievens), Abraham et les trois anges et Les deux moines franciscains (Murillo), Espoir (Gustave Klimt), Le baptême du Christ (Abraham Bloemaert), L'arrestation du Christ (Matthias Stomer), Débâcle (Tom Thomson), et Le Cardinal Lelio Biscia (Andrea Sacchi). On a souvent fait appel à ses services pour accompagner les œuvres d'art qui devaient être déplacées à l'occasion d'expositions à l'étranger, et sa collaboration a été essentielle pour monter l'exposition de 1972 « Progrès en conservation et en restauration ». Ursus connaissait aussi très bien la restauration de sculptures. Ses collègues se souviennent de l'exactitude avec laquelle il a su remplacer les pièces manquantes d'un buste en marbre de l'Impératrice Joséphine exécuté par le sculpteur français Joseph Chinard.

En 1973, Ursus est devenu restaurateur consultant de l'ICC, à la section des Beaux-Arts et il a été nommé ultérieurement directeur régional du Centre de conservation du Pacifique (CCP) de l'ICC à Vancouver. Un de ses collègues de cette période se rappelle qu'il était un homme qui « ne disait jamais rien sans avoir mûrement réfléchi ». De 1973 à 1979, il était directeur du CCP, puis il est retourné à Ottawa, au Musée des beaux-arts du Canada à titre de chef du Laboratoire de la restauration et de la conservation. Il a occupé ce poste jusqu'en octobre 1983, année où il est parti en France avec Eva, son épouse pour s'occuper de la succession de son père, le peintre expressionniste Otto Dix.

Fellow de l'Institut international pour la conservation, Ursus a publié de nombreux ouvrages dont The Materials and Techniques of Painting, sa traduction vers l'anglais de l'ouvrage de Kurt Wehlte intitulé Werkstoffe und Techniken der Malerei, travail qu'il a accompli dans ses moments de loisirs sur une période de plusieurs années. Il avait acquis une expérience considérable à titre de conférencier et de professeur et on se souvient de lui comme d'un collègue d'un grand soutien. Il aimait partager généreusement ses connaissances d'expert et il a passé beaucoup de temps à encadrer de jeunes restaurateurs pour leur enseigner les moyens pratiques et éthiques de restaurer les peintures.

On n'est pas prêt d'oublier sa grande joie de vivre. Dans les années 1960, il comptait au nombre de ces quelques vaillants qui se rendaient au travail à bicyclette bien avant que ce moyen de transport ne devienne populaire. Ursus était un praticien qui n'hésitait pas à mettre la main à la pâte et qui faisait preuve d'un bon sens pratique. Il était réservé, ni expansif ni extraverti, c'était un homme calme doublé d'un professionnel dont l'apport à la conservation a été immense. Il nous manquera terriblement.