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Bulletin de l'ICC, nº 35, juin 2005
Du bureau de la directrice générale...
par Jeanne Inch, directrice générale et chef des opérations de l'ICC

Plus le temps passe depuis mon arrivée à l'ICC,
plus je suis impressionnée par la profondeur et l'étendue
de notre programme de recherche et de développement.
À mon avis, la recherche et le développement constituent
l'élément essentiel de notre mandat, en
plus d'être une activité importante en soi
de même que le fondement sur lequel reposent nos autres
activités principales : services de spécialistes
offerts à la clientèle et diffusion de connaissances
au moyen d'ateliers et de publications.
Les scientifiques en conservation et les restaurateurs de l'ICC se livrent à une foule d'activités de recherche et de développement, toutes axées sur la préservation et la conservation de collections patrimoniales ainsi que sur le traitement approprié d'objets particuliers d'importance nationale ou régionale. De plus, nous accordons une place de choix aux travaux de recherche qui visent à résoudre les problèmes de conservation auxquels se butent les institutions patrimoniales canadiennes — travaux qui visent à créer et à affirmer des « normes muséales » adaptées aux conditions climatiques extrêmes du Canada ou qui sont centrés sur les matériaux typiquement canadiens comme l'écorce de bouleau et autres matériaux dont se servent les peuples autochtones et inuits pour fabriquer des objets.
Les résultats de nos recherches sont mis à la disposition des restaurateurs et spécialistes en conservation du monde entier grâce à nos publications, aux articles que nous diffusons dans les revues à comité de lecture et aux exposés présentés par nos experts à l'occasion de rencontres professionnelles. Vous trouverez de nombreux renvois à l'ICC au site Web du Réseau d'information sur la conservation (www.bcin.ca). Les résultats de nos travaux de recherche servent aussi à élaborer les ateliers que nous offrons aux restaurateurs, gestionnaires de collections et autres personnes qui œuvrent au sein des établissements du patrimoine.
Ils sont le pilier des conseils que nous prodiguons, qu'il s'agisse d'options en matière de traitement ou d'évaluations d'installations patrimoniales.
Nous tirons une grande fierté du fait que nous sommes à l'écoute des besoins de nos clients et que nous consultons régulièrement le milieu de la conservation. Nos recherches continues sur la préservation des supports électroniques découlent des consultations que nous tenons annuellement avec le Conseil canadien des archives; certains des résultats sont d'ailleurs consignés dans les actes du symposium La préservation des documents électroniques : information récente et prise de décisions, coparrainé par l'ICC en 2003. De même, nos recherches sur les moisissures font suite à des consultations menées auprès de l'Association canadienne pour la conservation et la restauration, qui ont donné lieu, entre autres résultats, au Bulletin technique no 26, Prévention des moisissures et récupération des collections : lignes directrices pour les collections du patrimoine.
Depuis plus de 30 ans, nous avons à cœur d'unir les efforts des scientifiques en conservation et des restaurateurs afin de résoudre les problèmes de conservation. Grâce à cette approche multidisciplinaire, nous étudions le problème sous tous ses angles : l'analyse des matériaux à valeur patrimoniale, les options en matière de traitement et les conseils relatifs à l'exposition et à la mise en réserve après le traitement. Nous croyons aussi aux partenariats avec d'autres organismes qui concourent aux mêmes objectifs.
L'ICC se consacre à quatre types de recherche interreliés et complémentaires : la recherche auxiliaire, la recherche scientifique appliquée, l'élaboration de traitements et de méthodes, et la recherche sur la préservation des collections.
La recherche auxiliaire, comme son nom l'indique, vise l'acquisition des connaissances ou la maîtrise de techniques nouvelles qui forment la base des autres types de recherche. Elle englobe notamment l'étude des matériaux pour cerner leurs propriétés chimiques et physiques, de même que l'élaboration ou le perfectionnement des méthodes scientifiques qui interviennent en recherche scientifique appliquée. Ainsi, l'étude de la corrosion du fer peut mener à la découverte de façons de stabiliser le fer archéologique; les résultats d'une partie de cette étude sont repris dans l'ouvrage récemment publié par l'ICC et intitulé Métaux et corrosion : un manuel pour le professionnel de la conservation. Nous avons aussi mené des recherches sur une technique qui fait appel à la température de rétrécissement pour évaluer l'état des fibres du cuir — technique que nous avons appliquée dans nos travaux sur la Déclaration d'indépendance des États-Unis.
La recherche scientifique appliquée constitue l'essentiel des recherches scientifiques réalisées en laboratoire; elle répond à des questions de conservation précises et donne lieu à l'acquisition de nouvelles connaissances, fondées sur l'accumulation et l'interprétation de données scientifiques. Ce nouveau savoir sert à évaluer et à optimiser les approches en matière de traitements et de techniques, en plus d'aider à mieux comprendre et protéger les collections. À titre d'exemple, mentionnons l'étude des techniques et des matériaux utilisés par des artistes canadiens comme Jean-Paul Riopelle, David Milne et Tom Thomson, qui a permis d'amasser des données utiles pour l'évaluation des exigences liées à la conservation, à la mise en réserve et à l'exposition de leurs œuvres, ainsi que pour la prise de décisions concernant leur conservation. Un autre exemple est la recherche entreprise de concert avec l'industrie canadienne des pâtes et papiers sur la permanence du papier, qui a mené à l'élaboration de la nouvelle norme canadienne pour le papier permanent.
La recherche sur l'élaboration de traitements et de méthodes aboutit à des solutions pratiques aux problèmes posés par les traitements de conservation ou la préservation des objets. Les résultats de ce type de recherche intéressent directement tous les restaurateurs. La recherche sur l'élaboration de traitements peut reposer sur la recherche scientifique auxiliaire ou appliquée, ou porter sur le perfectionnement d'une technique existante. Par exemple, l'un de nos restaurateurs a récemment collaboré avec l'un de nos scientifiques en conservation pour passer en revue les travaux de recherche réalisés en Europe sur l'encre ferro-gallique, dans le but de trouver la meilleure façon de traiter certains des plus anciens documents du Canada; les conclusions ont ensuite été communiquées à d'autres restaurateurs canadiens et américains dans le cadre d'un atelier sur l'encre ferro-gallique, organisé conjointement avec Bibliothèque et Archives Canada. De plus, la recherche menée par l'un de nos scientifiques en conservation sur l'élimination des petites taches sur les textiles a abouti à l'invention d'un petit disque de succion, qui a depuis été perfectionné par nos restaurateurs lors de plusieurs traitements.
Le quatrième volet de recherche de l'ICC est axé sur la préservation des collections. Souvent appelé « conservation préventive », ce type de recherche vise à faciliter la prise de décisions et la gestion des collections patrimoniales, pour en minimiser la détérioration. La recherche sur la préservation des collections nécessite souvent la synthèse des idées et des données provenant de nombreuses sources, dont des experts en prévention des incendies et en sécurité. Souvent, l'objectif est de rendre les résultats des recherches techniques accessibles aux non-spécialistes. Le plan que nous avons élaboré pour la préservation des collections muséales, lequel tient compte de la rigueur et de la variabilité du climat canadien, en est un exemple. Mentionnons aussi le développement de PadCAD, un logiciel de conception de calage, qui est l'aboutissement de nombreuses années de recherche sur le transport des objets et des œuvres d'art.
Vu la diversité des questions soulevées dans
le domaine de la conservation et de la préservation et
les ressources limitées de l'ICC, nous devons constamment
faire la part entre les priorités dans le domaine de
la recherche et la volonté d'entreprendre des projets
qui donnent des résultats utiles aux intéressés.
Et parce que l'ICC y parvient justement si bien, je tiens
à remercier Charlie Costain, directeur général
associé de l'ICC, et son équipe de scientifiques
en conservation et de restaurateurs.