Stagiaires diplômés rémunérés à l’ICC — 2009
Marie-Catherine Cyr
Après avoir obtenu mon diplôme du programme de maîtrise en restauration d’œuvres d’art de l’Université Queen’s à l’automne 2007, j’ai été ravie de me joindre au personnel du laboratoire des Beaux-Arts de l’ICC. Même si j’avais déjà travaillé sur des tableaux de différentes époques, présentant des supports et des matériaux variés, je cherchais une occasion d’effectuer de la recherche approfondie en vue de compléter un traitement de conservation. C’est précisément le genre de travail entrepris à l’ICC, où la collaboration entre les restaurateurs et les scientifiques est de mise. Je termine actuellement ma deuxième année à l’Institut et, pendant mon séjour, j’ai participé à des ateliers et à de nombreux projets associant le personnel de divers laboratoires. Toutefois, mon passage a surtout été marqué par un projet en particulier : le traitement d’un tableau de l’artiste québécoise Marcelle Ferron
Comme je m’intéresse principalement à l’art moderne et contemporain, deux toiles de Ferron qui étaient en attente de traitement à l’ICC ont tout de suite attiré mon attention. Toutes deux ont été réalisées dans les années 1950, pendant la très fertile « période parisienne » de l’artiste, où elle établit les bases de son style et se fait remarquer à l’échelle internationale. Les œuvres présentent différents aspects de ses méthodes et de son style et posent des problèmes uniques sur le plan de la conservation. À la suite de quelques lectures de débroussaillage sur l’artiste et ses matériaux, j’ai constaté qu’il existe très peu de recherche axée sur la conservation touchant son œuvre. Une des toiles – Sans titre (1955) – se prêtait très bien à un tel projet.
L’œuvre Sans titre (1955) est une huile sur toile. Après avoir commencé à la peindre, Ferron colla la toile à une planche de contreplaqué à l’aide d’un adhésif époxyde et, par la suite, reprit son travail. Elle appliqua la peinture à l’aide de couteaux à palette et de pinceaux dans un motif abstrait de touches bleues, violettes, vertes et blanches. Le tableau montre les premiers signes de ses compositions expressives et énergiques ultérieures, où le motif est flou le long du périmètre et où le blanc remplit l’espace négatif. Il constitue également l’un des seuls exemples restants de son œuvre où elle se sert de contreplaqué comme support auxiliaire.
Le tableau est arrivé à l’ICC en vue du traitement des nombreuses « bosses » (déformations) de la peinture et de la toile. Cette dernière s’était en grande partie détachée de la planche de contreplaqué. En outre, un vernis jaunâtre inégal et diverses taches cachaient les couleurs vives d’origine. Le propriétaire du tableau l’avait mis en réserve pendant plus de 10 ans en raison de son état instable, mais souhaite maintenant l’exposer.
Au cours de mon stage, j’ai eu le soutien des restaurateurs, des scientifiques et du personnel de la documentation de l’ICC, qui m’ont aidée à recueillir de l’information sur les matériaux que choisissait Ferron, sur ses techniques et sur ses méthodes de travail, en particulier celles qu’elle utilisait pendant la première moitié de sa « période parisienne ». Ces renseignements ont grandement contribué à la conception et l’exécution du traitement de conservation de l’œuvre Sans titre (1955). Un compte rendu du projet sera présenté à la 35e conférence annuelle de l’Association canadienne pour la conservation et la restauration (ACCR) à Vancouver en mai 2009 et un article sera soumis au Journal de l’ACCR. Plus important encore, et plus exaltant, le public aura de nouveau accès à cette œuvre.