Professionnels invités actuellement à l’ICC
Claire Titus
Claire Titus, restauratrice au Musée du Nouveau-Brunswick, effectue un stage professionnel de mi-carrière d’une durée de six semaines avec Sherry Guild, restauratrice de l’ICC. L’objectif est d’analyser un carton mural à grande échelle réalisé en 1941–1942 par Miller Gore Brittain, artiste de Saint John. Bénéficiant de l’appui des services scientifiques de l’ICC, elles examineront le carton, évalueront son état de conservation, développeront des méthodes de traitement et discuteront d’options d’exposition et de mise en réserve.
Le carton est l’une des onze esquisses que réalise Brittain en vue de peindre une murale destinée à l’hôpital pour tuberculeux de Saint John (Saint John Tuberculosis Hospital), projet ambitieux qu’il lance vers la fin des années 1930. Toutefois, la peinture murale n’est jamais entreprise et les esquisses, au lieu de servir de guides pour la réalisation de l’œuvre, deviennent elles-mêmes des œuvres à part entière. Elles font actuellement partie de la collection provinciale du Musée du Nouveau-Brunswick et, selon des conservateurs et historiens de l’art, constituent un trésor national.

Mesurant chacune 2,5 m2, les esquisses représentent les causes, les effets, le traitement et la guérison de la tuberculose, et font ressortir les réalités et les besoins de la société : s’attaquer à la pauvreté en tant que cause de la mauvaise santé, et proposer une réforme du logement comme moyen d’écarter la menace de cette maladie. Dans ces croquis très élaborés, Brittain travaille la composition et les formes de ses personnages par des dessins au trait et la superposition de conté blanc, noir et rouge. La série représente peut-être un sujet moderne de nature socioréaliste, mais la technique reflète une tradition de peinture murale datant de la Renaissance italienne. Les cartons (de l’italien cartone) constituent la dernière étape précédant l’exécution de la murale. Suivant cette tradition, les cartons sont perforés le long du contour du dessin, créant ainsi un « pochoir ». L’artiste peut alors appliquer de la craie ou de la poudre de charbon par points minuscules à la surface du mur, transférant les éléments de l’œuvre en grandeur réelle pour l’étape de peinture. Éphémères, les cartons sont souvent détruits au cours de l’exécution de la murale. Il est donc rare de posséder un ensemble complet de dessins sur cartons pour un projet de murale.

Dès les années 1960, la taille des esquisses et la fragilité du papier sur lequel elles sont réalisées limitent leur accessibilité : le grand public et les chercheurs ne peuvent les admirer qu’en photo ou lors d’expositions. Malgré le grand intérêt qu’elles suscitent, l’ampleur des traitements requis empêchait toute tentative de conservation – jusqu’à maintenant. Grâce au travail qu’effectuera Claire au cours de son stage, il y aura suffisamment d’information pour établir un protocole de traitement de conservation pour l’ensemble des esquisses. Muni d’un tel protocole, le Musée du Nouveau-Brunswick sera en mesure de développer un plan visant à obtenir les ressources nécessaires et, par la suite, de planifier les traitements de conservation. Ainsi, grâce au soutien de l’ICC, le Musée du Nouveau-Brunswick amorce une étape importante en vue d’assurer la conservation et l’accessibilité accrue de l’ensemble des onze esquisses de Brittain, réalisées pour le projet de murale à l’hôpital pour tuberculeux de Saint John.
